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Définition courte :
La praxis est l’élément actif de l’existence humaine, c’est l’aspect complémentaire de la pensée, de la théorie. Tout objet de l’expérience est à la fois un objet qui peut être pensé, mais aussi expérimenté et transformé et c’est cet action que l’on appelle la praxis. La praxis n’est peut-être une activité individuelle, mais l’ensemble de la pratique de tous les individus constitue la société et l’histoire.
Définition :
Aussi étrange que cela puisse paraître, la praxis a peu été considérée en philosophie, ce qui a été interrogé c’est la pensée, et la pensée théorique, mais pas l’action et la transformation. Les philosophes ont essayé d’aborder les questions philosophiques comme des absolus atemporels possible à comprendre uniquement comme des questions théoriques. C’est Hegel qui introduit d’abord l’aspect de l’action dans le cadre d’une philosophie de l’histoire. C’est l’Esprit qui est la réalité mais il est effectué par les actions et la pratique humaine, mais uniquement à titre secondaire. C’est Marx qui donne à la pratique, vue comme matérialiste, une place décisive dans la philosophie. Il développe le concept de pratique pour dépasser le problèmes de la pensée contemplative hégélienne et concevoir la réalité et sa compréhension comme un résultat total à la fois pratique théorique. Ce n’est ni un ni l’autre en propre qui constitue la réalité sociale, mais les deux en même temps par leur échange : la théorie conçois ce qui est possible pour l’action et l’action modifie la représentation théorique. Dans ce sens, c’est la pratique qui détermine la pensée selon les formes d’un moment historique. Un des penseurs les plus important sur le sujet théorique de la praxis, c’est Georg Luckàs dans Histoire et conscience de classe (1923). Dans un passage, il montre le rapport qu’entretiennent ensemble la pratique et la théorie :
"Théorie et praxis se rapportent effectivement aux mêmes objets, car tout objet est donné comme complexe indissoluble de forme et de contenu. Cependant, la diversité des attitudes du sujet oriente la pratique vers ce qu'il y a de qualitativement unique, vers le contenu, vers le substrat matériel de chaque objet. Or, la contemplation théorique - comme nous avons essayé de le montrer - nous en écarte. Car la clarification théorique, la domination théorique de l'objet atteignent leur sommet justement quand elles font ressortir toujours plus nettement les éléments formels, détachés de tout contenu (de toute « facticité contingente »). Tant que la pensée procède « naïvement », c'est-à-dire tant qu'elle croit pouvoir extraire les contenus à partir des formes elles-mêmes et leur attribue de cette façon des fonctions métaphysiques actives, ou bien tant qu'elle saisit le matériel étranger aux formes - de façon également métaphysique - comme inexistant, ce problème ne surgit pas. La praxis apparaît entièrement subordonnée à la théorie et à la contemplation. Dès l'instant, cependant, où cette liaison indissoluble entre l'attitude contemplative du sujet et le caractère purement formel de la connaissance devient consciente, il faut soit renoncer à résoudre le problème de l'irrationalité (question du contenu, du donné, etc.), soit chercher la solution en direction de la praxis."
Georg Luckàs - Histoire et conscience de classe (p.127)
Il résume ainsi toute la problématique de la praxis dans la philosophie. La pratique est la manière pour la conscience de s’extérioriser, et elle se porte sur la transformation d’un objet particulier. La pensée sert à abstraire la forme d’un objet indépendamment de son contenu qualitatif par des catégories générales (quantité, être, possible …) pour schématiser le monde. Mais les penseurs sont tombés dans l’erreur “naïve” de concevoir ces abstractions de la pensée comme si elles agissaient par elles-même dans la réalité et non selon les actions des hommes. Or les questions purement théoriques amène invariablement des contradictions qui ne peuvent être réglées par la pensée elle-même, mais seulement dans l’action. C’est dans la pratique que la conscience confronte sa représentation au monde et son fonctionnement et qu’elle constate la différence objective. La pratique n’est pas simplement le “faire”, mais la manière pour la conscience de se comprendre elle-même et ce qu’elle essaie d’atteindre, et l’écart entre les deux. Autrement dit la pratique dépasse la pensée, et la pensée se dépasse dans la pratique. La réalité est tout à la fois pratique et théorie, comme le définit Marx dans les thèses sur Feueurbach : la notion de pratique participe à la réalité elle même qui n’est pas simplement une contemplation extérieure ou comme intuition. La pratique est active et concrète. C’est un acte dans lequel la pensée, la conscience et sa structure s’engendrent en s’extériorisant, en s’objectivant, en s’observant dans autre chose de manière déformée. Marx écrit dans la première thèse :
"Le principal défaut, jusqu'ici, du matérialisme de tous les philosophes – y compris celui de Feuerbach est que l'objet, la réalité, le monde sensible n'y sont saisis que sous la forme d'objet ou d'intuition, mais non en tant qu'activité humaine concrète, en tant que pratique, de façon non subjective."
Karl Marx - Thèse 1 sur Feuerbach
Dans la réalité la praxis est toujours un rapport social de production dans lequel l’homme s’objective et subjectivise la nature, il s’objective dans des objets et soumet la nature au sujet humain. L’unité de l’Homme avec la nature et lui-même, la résolution des problèmes de la pensée, sont avant tout une question pratique, dans le dépassement de la société existante. Au niveau social, la praxis recouvre donc concrètement deux choses, la lutte des classes, qui produit le monde et la production qui reproduit la vie humaine, qui structurent donc la pensée humaine. On peut donc définir la praxis comme la “totalité du procès social de transformation matériel effectif de la réalité objective” comme le définit le dictionnaire du marxisme. C’est chez Luckàs, que la philosophie de la praxis au sens d’un concept est le plus développée. Il historicise la théorie en donnant une place décisive au prolétariat comme sujet particulier de l’histoire : il est le sujet et objet de l’histoire. C’est la classe dont la pratique particulière qui a vocation à la transformation vers la société sans classe et donc la fin de la séparation de l’humanité d’elle-même. Sa conscience de classe est celle de la transformation historique de la société.
Concepts directement liés :
sujet individuel et collectif, sujet et objet, dialectique, classes sociales
Quelques repères commentés :
Pour autant que ce concept soit décisif dans la pensée et la philosophie de Marx, ainsi que de sa méthode, il y a peu d’ouvrage qui reviennent explicitement sur la notion de praxis, car c’est devenu un fondamental de la méthode marxiste, tout se rattache à des possibilités concrètes d’action. Pour une première orientation, on pourra consulter le classique dictionnaire du marxisme :
- Labica, G., & Bensussan, G. (Dir.). (1982). Dictionnaire critique du marxisme. Paris : Presses universitaires de France (PUF)
Pour revenir aux textes et auteurs originaux, deux auteurs sont incontournables concernant le sujet de la praxis, ce sont bien évidemment Gramsci et Luckàs :
- Lukács, G. (1960). Histoire et conscience de classe : essais de dialectique marxiste. Paris : Les Éditions de Minuit (Coll. “Arguments”).
- Gramsci, A. (2011). Guerre de mouvement et guerre de position (R. Keucheyan, Éd. ; R. Keucheyan, Trad.). La Fabrique.